Réseau d'information sur le séquencage du genome

Les gènes : un renouveau du débat entre inné et acquis

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L’évolution des techniques de séquençage adn offre un renouveau à l’éternel débat entre l’inné et l’acquis, c’est-à-dire entre les déterminismes génétiques et les influences issus des interactions avec l’environnement.

Les gènes sont-ils des déterminants stricts ?

Certains estiment que l’identification des gènes et des diverses prédispositions génétiques sont un enfermement des individus et une privation de leurs libertés de choix et de décision. Pourtant, la plupart des scientifiques s’accorde à reconnaître les gènes comme des déterminants faibles. En effet, un élément peut être considéré comme déterminant strict si et seulement si, il permet une prédictibilité totale des caractères.

En génétique, cela reviendrait à l’équation un gène = un caractère. Cette formule est nécessairement fausse dans la mesure où aucun caractère ne peut se développer sans environnement, et que tout environnement présente des données uniques et non reproductibles dans sa globalité.

Jean Gayon disait ainsi : le déterminisme génétique consiste à soutenir que l’état futur d’un organisme est prédictible sur la base de sa composition génétique. C’est impossible en l’absence de spécification d’un environnement.

Des conclusions doivent être tirées des éléments soulignés ici : même identifié dans son ensemble, un génome ne peut être perçu comme un moyen de prévoir son futur. Une approche systémique, englobant les facteurs environnementaux et génétiques (au minimum) est donc nécessaire.

L’eugénisme : un dérapage éthique récurrent

La simple évocation de la notion d’eugénisme suffit à rappeler à tout à chacun, les horreurs perpétrées par les nazis durant la seconde guerre mondiale. Mais bien peu se rappellent que nombre de scientifiques reconnus avaient souscrit aux théories eugénistes.

Charles Richet, prix Nobel de médecine en 1913, écrivait ainsi :  » Quoi! Nous nous appliquons à produire des races sélectionnées de chevaux, de chiens, de porcs, voire de prunes et de betteraves, et nous ne faisons aucun effort pour créer des races humaines moins défectueuses [...]. Quelle incurie étonnante « . (…) Les moyens de sélection serviront à  » créer des races humaines moins défectueuses, pour donner plus de vigueur aux muscles, plus de beauté aux traits, plus de pénétration à l’intelligence, [...], plus d’énergie au caractère, pour faire accroître la longévité et la robustesse, [ce qui constituerait] un prodigieux progrès « !.  » Il ne s’agit pas de punir [les tarés], mais de les écarter de nous. Il ne faut pas que leur sang vicié vienne corrompre le sang généreux d’une race forte ».

Si les convictions scientifiques ont évolué, il n’en demeure pas moins que les avancées technologiques en matière de prédispositions génétiques flirtent souvent avec l’eugénisme : il suffit de constater la chute spectaculaire du nombre de naissances d’enfants trisomiques du fait du dépistage systématique organisé par l’institution médicale. Ne peut-on y voir une forme d’éradication d’une catégorie d’individus considérés comme ‘faibles’ ou ‘inadaptés’ ?

La question des prédispositions génétiques :

La problématique des prédispositions génétiques, et plus particulièrement des facteurs de risque concernant le développement d’une pathologie, est tout à fait pertinente pour se poser la question du poids du déterminisme génétique vis-à-vis des libertés individuelles.

En effet, lorsque les tests révèlent l’existence d’un certain risque de maladie, l’une des libertés premières du sujet est nécessairement compromise : celle de décider, en toute connaissance de cause, de savoir qu’il est porteur de ce risque, ou celle de continuer à l’ignorer. Ce choix appartient en effet au médecin, et par extension, aux règles éthiques du corps médical.

Bien entendu, les futurs progrès des sciences médicales parviendront un jour à déterminer avec certitude ce risque d’atteinte. Une fois la certitude établie, il deviendra alors plus simple, a priori, de faire choix de l’annonce au patient : au-delà de 50% de risque, on informe, en deçà, on n’informe pas…

Cependant, même si de telles pratiques étaient définies, la question de la réaction du patient à l’annonce de ce risque est, elle, imprévisible. De fait, on peut se questionner sur la nature de cette ‘activité d’annonce’ : est-ce encore de la médecine ou plutôt de l’éthique … ?

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