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Déterminisme génétique et liberté individuelle

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A l’heure où l’accès aux tests génétiques se banalise malgré l’interdiction de la loi française, l’évolution des techniques scientifiques combinée à l’expansion des nouvelles formes de communication virtuelle, interroge et effraie un grand nombre d’individus qui y voient une perte annoncée de leurs libertés. Il semble en effet pertinent de questionner les liens entre les tests génétiques et un certain déterminisme.

Les tests génétiques : une réponse à la peur de l’avenir

Nos ancêtres parlaient de quête de soi ou encore de révélation de son destin. Plus pragmatiques, nous nous interrogeons aujourd’hui sur notre avenir. Pour autant, la question de fond reste relativement identique : la peur du futur, de notre devenir et de celui de nos enfants ou encore notre capacité à assurer notre survie.

Ce questionnement est relayé par l’éternel débat entre l’inné et l’acquis : suis-je réellement maître de mon destin ou suis-je ‘programmé’ génétiquement et socialement afin de devenir telle personne et de réaliser tel acte ?

Bien que nombre d’entre nous soient désormais familiarisés avec l’idée d’une dynamique de facteurs et non d’un simple lien causal, l’identification de son patrimoine génétique apparaît à beaucoup comme une source de réconfort, comme une sécurité face à un avenir qui semble de plus en plus incertain au vu de nombreuses données économiques, sociales et politiques.

Une idéologie scientifique sous-jacente

L’idéologie positiviste se retrouve au travers de ces réflexions, telle la célèbre phrase d’Auguste Compte : « Science d’où prévoyance, prévoyance d’où action ». La science serait ainsi la clé de la compréhension du monde ; une connaissance qui permettrait à terme de prévoir l’avenir.

Malheureusement ou heureusement selon les points de vue, s’il est simple d’anticiper la réaction attendue lors du mélange de deux éléments chimiques simples, il est beaucoup plus complexe de prévoir le développement futur d’un être humain, d’un groupe social et encore davantage d’une population dans son ensemble.

Au fur et à mesure que s’enrichissent les connaissances, l’Homme prend ainsi de plus en plus conscience de l’utopie scientifique : le déterminisme est plus proche d’un idéal scientifique que d’un objectif réalisable.

Le déterminisme dépasse les frontières de la science

Une brève analyse de l’histoire humaine démontre que la question du déterminisme de l’Homme se situe bien au-delà de son rapport à la science. Cette dernière prétend en effet pouvoir prédire l’avenir des individus en fonction de leur patrimoine génétique, social et psychologique (ces disciplines renvoyant toutes à un ensemble de connaissances sur l’Homme).

Cependant, bien avant l’avènement de la société scientifique, ce fut la religion qui tint ce rôle : les individus se devaient en effet de se contenter du monde créé par Dieu pour eux et de le considérer comme le meilleur possible. Dans ce système de pensée, tous les évènements d’une vie étaient attribués à Dieu et non à la volonté de l’individu ou à d’autres causes possibles. Il s’agit donc bien d’une sorte de déterminisme.

D’autres courants de pensée, tel le béhaviorisme, rappelèrent aussi ce déterminisme : les comportements d’un sujet ne seraient que le résultat d’un ensemble d’apprentissages issus d’interactions avec l’environnement. De fait, il n’existerait pas de liberté de choix au sens strict.

Ainsi, si l’on considère les différentes théories déterministes auxquelles l’humanité a souscrit au cours de son histoire, on est forcé de reconnaitre qu’il s’agissait davantage de justifier et de maintenir un ordre établi (celui du pouvoir de l’Eglise, celui de la supériorité des races blanches sur les autres races ou encore celui des hommes sur les femmes etc.) plutôt que de rechercher un moyen de modifier le monde et de l’améliorer.

Ces différents rappels soulignent donc la prudence requise dans l’appréhension des problématiques relative au déterminisme génétique, mis en exergue par le développement exponentiel des tests génétiques.

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