Réseau d'information sur le séquencage du genome

ADN et questions ethiques

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Alors que la découverte de l’ADN constitua une découverte majeure du siècle dernier, les évolutions scientifiques de ces dernières années ont permis d’exploiter cette avancée et de la décliner en un ensemble de techniques et de pratiques utiles dans la vie quotidienne. Ce faisant, ces évolutions ont fait de l’ADN un véritable enjeu de société nécessitant à ce titre, un questionnement éthique profond.

Les points polémiques

Les recherches sur l’ADN peuvent grossièrement être divisées en deux ensembles : la première consiste en des études portant sur la compréhension du corps humain et des organismes vivants. On peut y classer les travaux sur l’identification des génomes des diverses espèces, l’étude des maladies, celle des évolutions des espèces et même l’identification des ADN lors des crimes. Il ne s’agit jamais d’intervenir ou de transformer mais d’observer et de comprendre.

A l’opposé se trouve l’ensemble des recherches qui supposent une intervention humaine et les créations que l’on regroupe sous le terme de ‘génétiquement modifié’. Développer des cultures résistantes à certaines maladies ou à la sécheresse, soigner une maladie par une thérapie génique ou encore modifier l’ADN d’un animal en vue d’obtenir un résultat précis (un clone, des cellules souches etc.) font partie de ces techniques. C’est bien sur cette seconde catégorie de travaux qui soulèvent polémiques et débats.

ADN et immigration

En 2007, le projet de loi Mariani a soulevé une vague de contestations en prônant le recours aux tests ADN afin de ‘mieux’ contrôler l’immigration : l’article L411-2 donnait la possibilité aux autorités de « demander que l’identification du demandeur de visa par ses empreintes génétiques soit recherchée afin d’apporter un élément de preuve d’une filiation déclarée avec la mère du demandeur de visa. »
Au-delà des questions sur l’emploi des empreintes génétiques sur l’Homme, la polémique provint du fait que cette procédure était de fait, réservée à une certaine catégorie d’individus, autrement dit, aux étrangers.
Le CCNE (Comité consultatif national d’éthique) a ainsi rendu un avis défavorable à un tel amendement qui d’une part, instaurait une présomption de fraude systématique, et d’autre part, qui instituait une pratique hautement discriminante.

La prévention médicale

Nombreuses sont désormais les sociétés qui proposent pour quelques centaines d’euros, d’établir l’ensemble des maladies susceptibles de toucher un individu et ainsi d’améliorer sa prise en charge.
La première question éthique posée par ce type de pratique est tout d’abord de donner à certains (ceux qui en ont les ressources) des moyens pour améliorer leur état de santé, tout en le refusant à d’autres.

Une autre problématique porte sur la technique en elle-même. En effet, si les scientifiques ont su développer un certain nombre de connaissances et sont en mesure de faire quelques prévisions, ils sont bien loin de maîtriser le sujet. Il existe en effet beaucoup de maladies génétiques qui ne peuvent être détectées par les techniques actuelles.

Certaines maladies sont de plus multifactorielles : en dehors des gènes, d’autres éléments interviennent dans le développement de la pathologie, notamment les facteurs environnementaux. C’est notamment le cas des cancers : des prédispositions génétiques ne ‘suffisent’ pas à le déclencher, mais le stress qui surviendrait à la lecture d’un test ADN indiquant le risque de cancer, pourrait être suffisant…

Consommer les tests ADN

Dans de nombreux pays, la réalisation des tests ADN, qu’il s’agisse d’une recherche de paternité ou d’une prédiction médicale, a quitté le contrôle de l’Etat pour tomber dans le domaine privé.

La première conséquence est l’organisation de la commercialisation des tests ADN avec son ensemble de techniques marketing. La seconde est de confier à des entreprises privées soumises à des enjeux commerciaux et de recherche de profit, la réalisation des tests, en multipliant évidemment les risques d’erreurs.

Enfin, la dernière conséquence est de reléguer les tests ADN à de simples produits consommables, accessibles aux individus sur un simple clic. Comme si les résultats de tels tests, qu’il s’agisse d’une paternité ou d’une prévision médicale, étaient uniquement techniques, comme s’ils n’avaient aucune retombée d’ordre psychologique…

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